La rentrée artistique de Add Space Studio avec Camille Pradon, Younes ben Slimane et Wadi Mhiri

La rentrée artistique de Add Space Studio avec Camille Pradon, Younes ben Slimane et Wadi Mhiri

ÉCRIT PAR Edia Lesage

Dimanche 20 septembre à la Soukra à 17 heures Add Space Studio a ouvert ses portes au public pour une projection de trois films réalisés par trois artistes : Camille Pradon, Younes Ben Simane et Wadi Mhiri. Ont été présentés « Sans sommeil » de Camille Pradon, « All come from dust » de Younes Ben Slimane « Bab el Harka » de Wadi Mhiri.

Se retrouver dans cet espace en cette année d’enfermement physique et le désir de s’évader sera l’occasion d’avoir le sentiment de partager d’étranges et heureuses retrouvailles après une longue absence, d’oublier un moment un quotidien qui n’est pas gai, de réaliser pour les spectateurs une double performance puisqu’il s’agit d’une escapade culturelle. Une « escapade culturelle ». Moment suspendu, rare et précieux en ces temps où l’on ne parle plus que de  geste barrières et de distanciation physique.

Add Space Studio est l’extension de l’atelier de l’artiste visuelle Mouna Jemal Siala. Cet espace ouvert depuis 2018 se veut un endroit où peuvent se rencontrer des artistes et des amateurs d’Art et de Culture. « Le partage et l’échange sont la devise de cet atelier » dit-elle.  Add Space Studio “فضاء إضافة” “Fadha Idhafa” en arabe, espère “ajouter” un rayon lumineux au paysage culturel de la Tunisie. Elle ajoute : « A travers l’art, l’artiste s’affranchit des contraintes politiques, des tendances dominantes. Il peut exprimer sa résistance à l’uniformisation par des œuvres profondes et réfléchies réalisées en dehors de toute contrainte ».

Add space studio a accueilli en 2019 l’ « Open art week » dans le même esprit : ouverture, art, échange.

Projeter ces trois films dans le même espace et en même temps relève d’une cohérence : les trois artistes s’intéressent aux mythes des origines « le mythe est ainsi toujours le récit d’une création » pour citer Mircea Eliade.

C’est que la manifestation du transcendant dans un objet ou dans un phénomène de notre cosmos habituel est présente dans les trois œuvres qui sont présentées :

« Sans sommeil » , de Camille Pradon , a pour héros une station spatiale qui en route vers le crash, se met à émettre des considérations esthétiques et philosophiques tout en rappelant sa condition d’être au monde, un objet destiné à collecter des données sur le système solaire dans un temps imparti, pour enfin se solder par sa disparition programmée  « Il s’agit d’un monde sans spectres, d’un présent homogène, identique à lui-même où les objets se manifestent pour mieux s’évanouir » dit entre autres la station spatiale dans sa courte et magnifique agonie .

 A ces paroles répond avec justesse le film de Younes ben Slimane, « All come from dust ». Le film donne à voir un endroit dévasté, ignoré et plusieurs fois déplacé par les capitaines d’industrie de leur propre ville, Tozeur, car ne répondant pas selon eux aux critères de « visibilité » des visiteurs. Pourtant, c’est dans ce lieu hors du temps et à l’espace fluctuant, que l’homme se met à construire un four qui l’amènera à cuire des briques.

Et ces briques constitueront les particules élémentaires de la Cité à venir. « Il y a mille ans on travaillait avec la même finesse, les mêmes gestes, et le même dosage et dans mille ans, on travaillera sans machine, avec les mêmes gestes avec les mêmes matériaux. C’est organique » affirme-t-il avec conviction .

Dès lors comment ne pas penser à un autre embarquement, la pirogue inspirée et sacrifiée de Wadi Mhiri, artiste tunisien , africain d’adoption , élaborée à l’occasion du « festival sur le Niger » à Ségou, en 2019 , pour « traverser » le fleuve sacré Niger et essayer de comprendre l’«autre». Pirogue ressuscitée et re-sacrifiée au mois d’août 2020 dans le cadre de «Intuition: Seeing, Feeling, Sensing», l’évènement-expérience artistique collective- organisé par le «Central» au mois d’août, sur la plage de Hammamet. Wadi Mhiri qui a son nom sur un pavillon à Ségou, le plus maliens des tunisiens. « Voir mon nom a été un choc : je me suis demandé si j’étais encore vivant » dit-il.

Wadi Mhiri qui a présenté les fondateurs de «l’African Culture Fund» aux artistes et aux journalistes tunisiens, il y a un an déjà et il nous semble bien que c’était dans une autre vie, au même endroit, à Add Space Studio.

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// Camille Pradon est artiste visuelle et vidéaste. Son approche pluridisciplinaire l’amène à investir des champs de recherche liés au corps et à la gestuelle, au langage, à la déconstruction du récit et de la narration mais aussi sur la matière même des images, leur fabrication tout comme les cadres de leur perception.. Si, comme elle le déclare, « l’image est une matière comme une autre », pourquoi dans ce cas ne pas imaginer l’image comme une matière vivante, biologique, capable d’une vie autonome et génératrice de sa propre existence ? »
Après plusieurs séjours et collaborations en Tunisie depuis 2016, Camille Pradon est actuellement résidence à la Villa Salammbô, en collaboration avec la Selma Feriani Gallery jusqu’à la fin du mois de septembre et travaille sur son nouveau projet “Métaphore [Bleu auquel nous appartenons]”, avec pour point de départ l’épave grecque de Mehdia, sa cargaison d’œuvres d’art. La métaphore est le “transport” en grec, le mot se réalise dans ce qu’il a de plus utilitaire (le transit de marchandises) comme dans sa dimension conceptuelle et philosophique (mouvement/fixité, désir).

« Sans sommeil » a été présenté à « El Kazma » lors du festival Gabès Cinéma Fen en 2019.

Son dernier film « Eye Contact », réalisé pendant le confinement avec la collaboration de l’autrice Mira Hamdi et composé pour le projet porté par Ferielle Zouari unpasverslapres.com a été projeté à Dar Jneyna , dans le cadre d’ « U.V Sousse » , manifestation artistique urbaine organisée le mois de juillet 2020 par la galerie El Birou à Sousse ainsi qu’à l’IFT le 14 septembre 2020 .

// Younes Ben Slimane est d’abord architecte formé à l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis, avant de se découvrir une vocation pour l’art contemporain dont il apprécie la philosophie et la pratique grâce à des programmes de résidences artistiques comme à Dar Eyquem ou aux ateliers coteaux à Tunis. Utilisant divers médiums, il observe, analyse et s’inspire des vies et des paysages qu’il côtoie pour créer son œuvre. Il a fait partie des expositions collectives  comme « Conscious Landscapes » au musée d’art contemporain de Skopje, « Climbing through the tide» à B7L9, «El kasma» lors de «Gabes cinema Fen», « Homogeneus » à «l’Institut Français de Tunis » et « Jaou Tunis ».

Son court-métrage documentaire « All come from dust » a été sélectionné à Locarno Film Festival, en compétition officielle Pardi di domani 2019,  à Pravo Ljudski Film Festival à Sarajevo, et  remporte le Tanit d’Or aux journées cinématographiques de Carthage.

// Wadi Mhiri porte son attention artistique sur la nature et les causes des comportements individuels ancrés dans les processus collectifs, les situations sociales et les environnements socioculturels. Il retrace les développements socio-psychologiques et cherche à comprendre les lignes de temps et de vie personnelles et communautaires. Il explore l’interaction de la mémoire personnelle et collective et leurs influences réciproques comme un continuum de processus du début à la fin de la vie. Ses œuvres sont créées pour des sites spécifiques qui se transforment en un
système de relations interactives. Aucun intérieur, objet implémenté, image
projetée ou mouvement dans l’espace ne peuvent être isolés, mais font tous partie
d’un tout qui ne peut être dissocié ou réduit. Ce qui constitue « l’œuvre » n’est plus le matériau ou le médium, la représentation visuelle ou picturale non plus, mais ce qui est perceptible par nos sens et notre conscience en tant que système unique. Les œuvres de Wadi Mhiri ne visent pas être une illustration ou une métaphore mais cherchent à interagir directement avec notre réalité.

//Mouna Jemal Siala, fondatrice de Add Space Studio est une artiste visuelle dont l’expression articule le numérique, le virtuel et le réel. Elle participe depuis 1993 à plusieurs expositions en France, en Allemagne, en Espagne, en Belgique, à Alger, à Bamako, à Dakar (Prix du ministre de la Culture du Sénégal Dak’Art 2010), à Genève, à Casablanca, à Kolkata, à Los Angeles, à New York et en Tunisie. Son art articule le numérique, le virtuel et le réel. Préoccupée par le souci de garder la mémoire d’une action, d’un événement, d’un vécu, elle sillonne son histoire personnelle, liant de manière indissociable sa vie et son art.

 

Où : add space studio : Impasse N°11 Yakout El Hamaoui, 2045 Ariana, Tunisie / Tel : 55 864 564

Fb : https://mobile.facebook.com/Add-Space-Studio-207196963169059/

 

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