“Grabuge”, le nouveau recueil de poésie de Hichem Ben Ammar

“Grabuge”, le nouveau recueil de poésie de Hichem Ben Ammar

ÉCRIT PAR Edia Lesage

Et «Grabuge» surgit. Nous étions très terre à terre, préoccupés de savoir le territoire du confinement et l’heure du couvre-feu. Nous étions loin de la poésie. Nous avions oublié aussi que Hichem ben Ammar, que nous prenions pour un homme de l’image, était aussi un homme de mots. Depuis trente ans, il n’avait rien publié. «L’idéal atteint», son premier recueil de poésie et «la négociation» étaient parus en 1988 et 1990. C’était déjà une époque d’épidémie.

Mais voilà aujourd’hui, le «dit» de Hichem est là, un  “dit» sonnant et non trébuchant.

Il joue avec les mots mais pas seulement.

Il nous parle du temps qui s’écoule, des voyages rêvés, des ambitions déçues, de notre condition précaire. Sur un lit de mélancolie, il exécute une petite musique entêtante. Il fait jaillir de la nuée des étincelles magiques. D’ailleurs, dit-il «la poésie survient quand les mots tous ensemble se mettent à tinter».

Il y a des fulgurances où les mots chargés de sens et d’assonances nous révèlent des évidences : «l’alexandrin mis à nu par un oxymore». Marcel Duchamp n’aurait pas dit mieux. L’émotion du Haïku dans d’autres registres .Et ses dessins que ne renierait pas Soulages où le blanc n’est là que pour révéler le noir.

Trente ans après, Hichem ben Ammar nous livre un bouquet de poésies.

En voici quelques fleurs pour donner envie de les humer toutes :

«Un poème lisse est une fête sans liesse/ Un tour de passe-passe efficace sans audace»

«Les synonymes ouvrent le bal échangiste …Anonyme reconnaît unanime»

«L’amnésie est une science/Tout à fait inexacte»

«Je suis le vestige d’une idée parfaite/Je résiste aux intempéries mais je me sens périr/ Muette, je retarde ma destruction complète»

«Le synonyme d’aimer est d’apprendre à mourir/ Se séparer des êtres chers en acceptant de les laisser partir»

«Porte-moi en terre m’a dit mon père/Il est temps que je me repose (…)/Fais-moi tes adieux (…) ta vérité est ton seul héritage».

Voilà un livre utile. Car la poésie est utile, dans les temps présents, comme de tous temps. Merci à Hichem Ben Ammar de nous le rappeler si élégamment avec l’éclat d’une lumière boréale qui point dans la brume incertaine où nous allons.

Hichem Ben Ammar. « Grabuge, textes et fragments 1990 /2020 »

Format 15/21.  Contraste éditions 20210 .96 pages, 10 dinars

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