Interview // L’artiste tunisien Slown nous parle de son exposition parisienne «Photocratie»

Interview // L’artiste tunisien Slown nous parle de son exposition parisienne «Photocratie»

ÉCRIT PAR Inès Ben Azouz

La galerie d’art parisienne La La Lande expose du 20 avril au 4 mai 2018 le travail du photographe et réalisateur tunisien Slown. À cette occasion, il a accordé une interview exclusive à ideo magazine.

En exposant à Paris, Slown franchit ainsi une grande étape dans sa carrière et réalise un de ses rêves. «Photocratie», ce sont des clichés pleins d’histoires, de couleurs, d’imagination. Un univers créatif illimité, inspiré de notre réalité déformée, que Slown capture avec brio. Avec des mots justes et une réflexion intelligente, il nous parle de son art et de son travail. Bouillonnant de références culturelles, mais aussi critique envers la société dans laquelle nous vivons, cet artiste dont le crédo est «qui aime bien châtie bien», nous offre sa vision de la réalité.

Ideo magazine: Comment est né votre nom d’artiste ?

SLOWN: Mon pseudo est le fruit d’une crise existentielle adolescente qui s’est cristallisée en SLOWN. À l’origine, cela devait être mon alter-ego, mon coté obscur… Mais plus le temps passe, plus les frontières entre moi et lui s’estompent…

Ideo magazine: Avec «Photochratie» vous vous demandez: « Sommes nous libre quand on a rêvé pour nous?». Ideo magazine vous retourne la question.

SLOWN: Je ne sais pas car on a tendance à s’approprier les rêves qu’on fait à notre place, sans jamais se poser la question … je ne sais qu’une seule chose: la liberté est un combat personnel que l’on se doit à soi-même. Sinon nous ne sommes que des moutons heureux d’aller se faire égorger.

Ideo magazine: Vous avez réalisé un court-métrage «Le Temps, la Mort et Moi». Dans «Photocratie», il semblerait que l’appropriation de la mort soit également abordée. Est-ce que cette thématique vous attire?

SLOWN: J’ai travaillé sur ce thème à un moment donné. J’avais envie de faire de la mort une amie, de la comprendre, de la sublimer car elle reste notre grand point commun à tous et, au-delà de sa funeste fin, ce sont les à-côtés de la mort qui me passionnent, ses symboliques et son effet sur nous … La mort est la source de la vie.

Ideo magazine: L’humour noir dans la photographie est-il pour vous une arme de dénonciation?

SLOWN: L’humour est la meilleure arme pour dénoncer le monde qui nous entoure. J’aime son coté noir car il est parfois aussi cruel que le sujet qu’il accuse.

Ideo magazine: Vous êtes, entre autre, photographe surréaliste. Quelle histoire, hors de la réalité, essayez vous de raconter à travers la photographie?

SLOWN: En photographie la réalité n’existe pas. Tout œil derrière l’appareil est subjectif et les photographes de tout temps ont tenté de capter l’instant dans leur quête de vérité. Moi j’appartiens à ceux qui préfèrent créer leur vérité en dehors du temps et en puisant dans l’imaginaire plutôt que dans notre pauvre réalité … ne dit-on pas que la vérité est ailleurs ?

Ideo magazine: Vous faites également des portraits et des paysages. Un travail pour lequel les sujets pris en photos sont assez proches du réel.

SLOWN: Les genres photographiques peuvent changer mais l’intention peut rester la même. Par exemple, les portraits ne sont rien d’autre que des natures mortes avec des êtres vivants, une mise en scène dans laquelle je crée comme souvent un fragment d’histoire où tout est lié. Les paysages, pour moi, ce sont des portraits de ville qui ne raconte pas que l’architecture mais ma relation avec cette dernière …

Ideo magazine: Réalisation, photographie… Pourquoi est-il important pour vous de regarder la réalité à travers une caméra?

SLOWN: La photographie c’est un film en un plan où le spectateur est libre d’inventer la fin comme la genèse. Je trouve cette notion très intéressante. La réalité est parfois décevante. Mais bien cadrée, bien traitée, elle peut t’ouvrir une porte vers une vérité invisible et propre à toi.

Ideo magazine: Votre dernière exposition s’appelle ma «tunisianité», un mot que vous avez inventé. Votre pays est-il important dans votre processus créatif ?

SLOWN: Mon pays c’est mes racines. Tout ce que je fais vient de lui, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et la question de l’identité, ma lecture de la «tunisianité» reste un de mes thèmes de prédilection.

Ideo magazine: Quelles sont vos influences et comment décririez-vous votre démarche artistique?

SLOWN: Ma démarche artistique n’émane pas d’une envie de faire comme les autres. Je me laisse guider par mes envies et je découvre parfois par hasard mes influences inconscientes une fois l’œuvre finie. Mais à choisir mes photographes préférés seraient David la Chapelle, le couple Pierre Commoy et Gilles Blanchard, sans oublier Man Ray. Sinon je suis très inspiré par des peintres tels que Dali ou Frida Kahlo à qui je rends un petit hommage dans cette exposition.

Ideo magazine: Après «Photocratie», quels seront vos prochains projets ?

SLOWN: Mes prochains projets seront d’ordre cinématographique. J’ai un court-métrage en post-production et un autre en pré-tournage. Sinon la prochaine expo est déjà en production.

Slown est un artiste dont le talent n’est plus à démontrer et dont le travail est donc à suivre (de très près!).

Quand? Du 20 avril au 4 mai 2018.

Où? 11, rue Lalande – 75014 Paris.

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