Retour sur le Webinar de l’ATUGE : Consommer la culture autrement?

Retour sur le Webinar de l’ATUGE : Consommer la culture autrement?

ÉCRIT PAR Edia Lesage

Les équipes de l’ATUGE, dans la continuité des «webinar» qui s'intéressent à la situation des industries culturelles et créatives face à la crise ont organisé le 21 mai un webinar avec pour sujet «les nouveaux modes de consommation de la culture».

Plusieurs entrepreneurs créatifs et opérateurs culturels ont tenté de nouveaux canaux de diffusion de leurs produits. En situation de confinement, les verrous classiques et freins qui se posaient à ces nouveaux modèles se sont affaiblis. Ces entreprises reposent en effet sur internet où le trafic, en mode confinement est devenu intense en raison de l’enferment physique. La réunion, avec 2.5K vues et 30 partages a commencé à 17.00 et s’est terminée à l’heure où internet «rend l’âme», à 19 heures.

«Consommer la culture»: derrière ce webinar, Mme Chahira Mehouachi, enseignant chercheur spécialiste dans les industries créatives à ISG Paris Business School et Walid Saddi, responsable architecture et études transverses chez Bouygues Télécom. Ils posent les questions suivantes: Quels sont ces nouveaux modes de consommation de la culture? Comment la crise du Covid-19 a impacté leur adoption? Comment changent-ils les pratiques culturelles? Et sur le long terme, comment serait-il possible de pérenniser ces modes de consommation et les diffuser plus largement?

Pour répondre à ces questions un panel d’entrepreneurs culturels qui se sont spécialisés dans ces nouveaux modes de consommation de la culture a été choisi:

Mme Inès Baccouche Fondatrice d’ArtForNess, une galerie en ligne qui vise à promouvoir les «BDistes», les illustrateurs et graphistes d’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Pour créer sa plateforme, le diagnostic était simple: les acteurs du métier ne peuvent pas vivre de leur art. Elle soutient des collectifs, le LAB 619, des collectifs marocains, algériens, égyptiens, jordaniens en publiant des dessins et illustrations originales, des tirés à part et des produits dérivés (affiches, totebags…). La principale difficulté est de s’adapter aux législations en vigueur des pays des créateurs .Elle a souligné que la seule école de BD dans la région Méditerranéenne est libanaise. Et que seul le Liban a une législation qui protège ses créateurs et les mette en valeur puisque depuis 30 ans, nous lisons des BD libanaises. Pour être rentable, il faut de la «Masse» et à partir de là, générer des profit et créer des cotes, ne pas tomber dans les défauts attendus c’est-à-dire ne promouvoir que des têtes d’affiche.

Mme Wafa Gabsi, Fondatrice d’Archiv’Art, une plateforme d’art en ligne qui met en avant les artistes contemporains visuels Tunisiens et Africains, propose leurs produits en vente et vulgarise l’art visuel contemporain de manière générale. La plateforme donne à lire des biographies, et en œuvre des créations artistiques et des produits dérivés. Le constat est simple, les artistes ne trouvent des acheteurs en Tunisie que parce qu’ils ont leur carnet d’adresse, un site internet, qu’ils sont affiliées à une galerie. Le plus dur? Connaître les procédures juridiques. Les méandres administratifs sont les principaux écueils d’un artiste. Wafa Gabsi met aussi le doigt sur la loi dite du «1%», qui est tombée en désuétude. Archiv’Art s’est lancée avec Art to Fight CORONA: elle a promu des artistes qui ont cédé leurs droits au profit de «l’association médicale de Kairouan» et de «El space» qui est une structure qui imprime des visières en 3D.

M. Seif Eddine Jelassi, Président de Fanni Raghman Anni, organisation culturelle tunisienne, qui œuvre à promouvoir l’accès à la culture et notamment la musique et la cuisine dans les régions marginalisées, à valoriser la diversité des expressions artistiques alternatives dans les espaces publics, et à défendre les droits de l’Homme par le biais de tactiques créatives. Cette association a lancé le festival en ligne, Colonia. L’objectif est d’apporter une pincée d’art dans les régions et inversement, de faire connaître les créateurs qui vivent en province. Le financement? Il vient des produits vendus, du trafic sur internet, du ministère de la culture et d’associations internationales. Si la pandémie a accru la visibilité de l’action, celle-ci veut s’ancrer dans un emplacement, au Mornag.

M. Omar Machat, Co-fondateur avec Yahia Mgarrech de la Startup Artify, la première plateforme de vidéo à la demande légale en Tunisie qui vise à réunir et à promouvoir la production audiovisuelle tunisienne (films, séries et pièces théâtrales). L’idée de la conception d’Artify pour deux ingénieurs en informatique était de réunir les films tunisiens récents et anciens sur une même plateforme. Le constat était simple, la carrière d’un film tunisien est limitée à 4 mois dans le temps en salles en Tunisie et moins à l’étranger. Il fallait prendre contact avec les producteurs et réalisateurs, monter une plateforme payante qui reverse leurs droits aux collaborateurs. Artify.tn n’est pas à l’abri des piratages comme ses aînées (Netflix, Be INSPORT…) mais sert de référence pour les cinéastes et producteurs. Ainsi, Artify sert-il d’hébergement pour le Gabes Cinema Fen, et le festival du Goethe Institute à Tunis ainsi que l’Institut Français. Artify a vocation à se diversifier: la plateforme diffuse le feuilleton «ramadanesque Nouba» ainsi que des pièces de théâtre. «Artify classique» va être aussi créée et on envisage même une aide à la production. L’avenir? Les modes de création doivent changer en Tunisie: encourager la production de séries et pas seulement en période de ramadan mais toute l’année. La demande est là.

Mohamed Ali Midani, Directeur Exécutif de la Startup Digital Cultural eXperience, fournisseur d’expériences culturelles immersives via les technologies interactives (RV, AR, gaming & application). La start up s’adresse à un public très ciblé: il faut un ordinateur qui coûte plus de 4000 dinars et un casque qui est cher, 900d. Pour l’instant, c’est la plateforme qui les fournit moyennant des partenariats avec la FNAC, des sociétés espagnoles et en Afrique du sud. La levée de fonds? La vente de «Carthage»  en réalité augmentée, des investisseurs privés (50 000 d) du CNCI (20 000 d) des co-créations avec le museum-lab, de dons …

Et l’avenir? Pour Wafa Gabsi , lancer une galerie en ligne, c’est l’attendu d’ici le mois de septembre. Pour Omar Machat, devenir producteur et élargir sa gamme de produit à l’Algérie ainsi qu’au Maroc.Pour Mohamed Ali Midani , le projet des ports puniques, des vidéos d’animation en 2D avec le museum lab, l’impression de billets de banques. Pour Inès Baccouche, un partenariat avec une association syrienne qui œuvre dans les camps de réfugiés au Liban , jouer un rôle pédagogique est important. Rendez-vous est pris avec Seif Eddine Jelassi pour une coopération future sur le terrain en Tunisie.

L’ATUGE donne rendez-vous dans 6 mois à ces intervenants pour un «suivi» des réalisations.

Pour visionner le live c’est par ICI!

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