Quand les professionnels de la culture s’interroge sur l’avenir des profils créatifs face au COVID-19

Quand les professionnels de la culture s’interroge sur l’avenir des profils créatifs face au COVID-19

ÉCRIT PAR Edia Lesage

La culture rassemble: de plus en plus de réunions s’organisent sur les plateformes virtuelles, rassemblant peut-être plus de personnes par temps de confinement qu’auparavant.

C’est dans ce contexte que l’ATUGE (Association des Tunisiens des Grandes Ecoles) a organisé le 30 avril le plus long webinaire sur la culture au temps du confinement: une heure cinquante quatre minutes de débats et de propositions placé sous le thème « Quel avenir pour les profils créatifs face au COVID 19? ». Les invités réunis par Chahira Mehouachi,professeur à l’I.S.G de Paris étaient des professionnels des industries culturelles et créatives:
M.Ahmed Amine Azouzi, conseiller auprès de la Ministre des Affaires Culturelles, chargé des industries culturelles et créatives. M.Abdelhamid Bouchnak, cinéaste, réalisateur et producteur chez «shkoon productions». Mme Cyrine Gannoun, comédienne,directrice du Théâtre «El Hamra» et formatrice en ingénierie culturelle de l’ONG «El Mawred Thakafi». Mme Saima Samoud violoniste et directrice du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (Ennejma Ezzahra). M.Aous Labbane, économiste, Président de l’ATUGE Royaume Uni.

Les questions posées étaient les suivantes: Comment les professionnels sont-ils impactés par la crise? Comment s’ajustent-ils? Quelles sont les solutions et voies de relance de ce secteur?

M.Ahmed Amine Azouzi rappelle la création par le Ministère des Affaires Culturelles en mars 2020, avec le soutien de mécènes privés, du Fonds Relance Culture (FRC).

Ce fonds a pour ambition immédiate de pouvoir relancer, accompagner et soutenir les artistes, les espaces culturels, les opérateurs et les entreprises à tous les niveaux de la chaîne de valeur des différentes disciplines et filières des industries culturelles et créatives, de les aider à surmonter les difficultés économiques qu’ils rencontrent, en particulier en matière de trésorerie, du fait de la propagation du virus Covid19 et des mesures visant à en ralentir la progression (plus de 700 activités ou festivals ont été annulés ou reportés…) et qui mettent en péril la continuité de leurs activités et projets.

M.Azouzi ajoute que le tissu économique est fragile car il est représenté par des PME et des TPE dont les activités sont reportées ou annulées. Il n’y a pas d’autre alternative que d’attendre que l’épidémie passe. Ce moment critique est l’occasion pour le Ministère de réfléchir à une évaluation complète du secteur et de lancer des analyses qualitatives et quantitatives afin de pouvoir réfléchir à des solutions à court et moyen terme. Le secteur est aussi informel : les indépendants qui n’ont pas de statut sont nombreux. L’impact sur les industries créatives en matière d’évènements est direct (Communication, évènements, publicité, start-ups) et indirect (restauration, billetterie, hôtellerie).

Le fonds est destiné a être pérenne puisque les bailleurs de fonds le souhaitent.

Abelhamid Bouchnak déplore le manque de solidarité des opérateurs culturels: en période de ramadan sept feuilletons passent en prime time sur les chaînes tunisiennes et en même temps ! C’est un réel gâchis lorsque l’on sait que 80% des techniciens et des acteurs gagnent leur vie au mois de ramadan. C’est un grand paradoxe puisque les tunisiens dans cette période fréquentent aussi internet.

Il propose un reformatage des séries en 30 épisodes au lieu de 20 et la création de miniséries de 5 à 6 épisodes à programmer en dehors du mois de ramadan, toute l’année. La demande existe et le public est exigeant .

Cyrine Gannoun confirme: « exister culturellement en Tunisie c’est souvent écraser l’autre. En même temps, il n’y a pas de système établi comme en France avec des programmateurs, des producteurs et des tourneurs. Nous manquons cruellement de ces structures, et c’est ce que l’on doit chercher à multiplier dans l’avenir afin de créer une nouvelle génération de professionnels qui pourra s’épanouir au sein d’une véritable industrie. Attention, cela passe par un lien immatériel et incontournable: la confiance. Lorsqu’on parle de restructuration du secteur, les professionnels entendent «piège» ».

Saïma Samoud rappelle: le CMAM qui est un EPNA souffre de visibilité comme le secteur théâtral. Ennejma Ezzahra avait programmé une série de solos d’artistes en ligne tous les soirs pendant le confinement et s’est heurté à l’impossibilité de travailler.La page est par conséquent meublée par la rediffusion d’anciens concerts.

Les conclusions:

-En premier lieu: une confiance à installer entre les différents acteurs du secteur culturel, acteurs publics et privés et société civile afin d’engager une restructuration sereine.

-Cette restructuration doit comprendre une réforme du statut de l’artiste.

-Le secteur de la culture doit être défendu contre le piratage et la question du copyright engagée avec des conventions internationales ainsi que leur prolongement technique. (Une réunion en ce sens entre la Ministre de la Culture Chiraz Latiri et l’Organisme Mondial de la Propriété Intellectuelle vient d’avoir lieu).

-Digitaliser le secteur quand cela est possible.

-Faire prendre conscience qu’au-delà du côté « strass et paillettes » la culture est un métier, un travail et finalement une industrie fragile qui se trouve en danger.

– Faire du lobbying à l’international afin de soutenir la création tunisienne.

La réunion aurait pu durer bien davantage, tant le besoin d’échanger est soudain devenu impérieux. Internet « ramait » ! 51 partages, 20K de vues, des saillies qui tranchaient avec la langue de bois que beaucoup s’imposent encore…Il va sans dire que de nouvelles rencontres sont envisagées.

Le lien vers cette rencontre ICI! :

 

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