Entretien avec Myriam Bribri, une créatrice alliant authenticité, génie et engagement

Entretien avec Myriam Bribri, une créatrice alliant authenticité, génie et engagement

ÉCRIT PAR Amine Rouissi

Au-delà de son patronyme, Myriam a imprégné la marque bribri de son affection particulière de la culture amazighe. Un geste créatif engagé en faveur d'une réhabilitation du savoir-faire local qui résiste à l'invasion de concepts de mode formatés. Une vision qui va de pair avec son ambition de promouvoir Bribri en dehors de nos frontières. Autant d'ambition, de génie et d'enthousiasme que Myriam dévoile avec éloquence en répondant aux questions d'ideo magazine.

Au talent de créatrice, Myriam Brirbi combine l’art de manier les mots. Une faculté que nous avons découverte à travers les textes habilement disposés sur les photos de ses collections successives. Au fil de ses inspirations, la marque lancée par la diplômée en Droit gagne en maturité et en ambition.
Comment êtes-vous devenue la créatrice de votre propre marque de vêtements artisanaux?
Au début, je cherchais juste une alternative vestimentaire qui allait de pair avec mes propres goûts. Je ne faisais que concevoir mes vêtements personnels en rupture avec les tendances de la mode et les significations qu’elles véhiculaient. En parallèle, je travaillais dans le commerce des tissus et rédigeais des piges en journalisme puisque j’étais diplômée d’une école de Droit.
L’idée principale était donc de fonder une alternative économique pour lutter contre l’invasion des marques et des importations chinoises qui ne reflétaient pas notre identité. Ainsi, j’ai commencé avec la première collection de kachabiyas amazighes en hiver 2015 en lui imprégnant un nouveau souffle moderne. Et depuis, elle est devenue le must have de chaque année. Ainsi, l’acte de résistance n’était pas en soi la motivation principale mais il est né avec.
Myriam Bribri
Pensez-vous que le succès de concepts de création innovants en Tunisie doit obligatoirement passer par les lieux branchés de Tunis ?
Personnellement, je ne le pense pas. Je considère que la commercialisation du produit à travers les réseaux sociaux est plus efficace que l’implantation dans des points de vente physiques. En plus, le port de ces créations dans les fictions et les médias locaux offre la possibilité de promouvoir le concept avant-même le produit.
Comment les réseaux sociaux ont contribué à la promotion de votre enseigne ?
je pense que les réseaux sociaux véhiculent en premier les informations et mon travail de journaliste m’a conforté dans cette vision. Par ailleurs, l’effet de la photo et du texte qui l’accompagne sont primordiaux sur le récepteur. Ainsi, je choisissais avec soin les propos qui décrivaient la collection et mes sources d’inspiration.
Des pistes sur le processus de création de votre dernière collection ?
L’émergence d’un effet de mode est souvent relié à des événements planétaires ou une réalité vécue. Par exemple, les habits militaires et la lute contre les mouvements terroristes, bien que que cette vision de la résistance ait été déformée, a fait du vert une couleur tendance.
Quant à ma dernière collection, elle est influencée par des événements personnels. Après mon voyage en Algérie et la découverte de l’art artisanal des amazighs en Afrique, je cherchais des pistes communes dans les couleurs et les motifs. La collection reprenait donc des tenues légères et simples, amples comme les habits des Touaregs, colorées pour traduire l’amour des Amazighs pour les couleurs. J’y ai rajouté des motifs brodés sur chaque création. Je pensais que nous nourrissions plusieurs points en commun que je voulais absolument mettre en valeur.
Courtesy Of Page Facebook BriBri

Faites-vous appel à d’autres artisans pour la création des vêtements de votre label ?

En fait, je dessine et crée mes propres collections, je me sers simplement d’un tailleur pour m’aider à coudre. Pour ce qui est de faire appel à un artisan, j’essaie de le faire chaque fois que les conditions matérielles me le permettent parce que cela exige tout un budget.

Votre marque a déjà voyagé à Alger, est-ce que l’envie de la promouvoir à l’international fait partie de vos ambitions ?

Je vous mentirai en disant le contraire. Toutefois, je pense que le succès local est tout aussi important. Mon but est de faire de l’habit traditionnel un concept convoité qui revêt la même importance que les marques internationales. Sur ce plan, j’enregistre une réussite progressive. Par ailleurs, sans succès en Tunisie, je j’aurai pas défilé à Oran ni participé à une rencontre à Alger. J’aspire effectivement que BriBri devienne une marque mondiale qui promeut l’héritage culturel amazigh et résiste à toutes les formes d’occupation économique dont la mondialisation à grande échelle de la mode et l’exploitation des travailleur-ses dans le textile.

Pour en savoir plus sur BriBri par ICI

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